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Etude clinique et évaluation de semelles imprimées en 3D avec Tristan Tarrade ingénieur biomécanicien chez ScientiFeet

Publié le 30 septembre 2019 | Divers

Depuis sa création, ScientiFeet est partenaire du LBA (Laboratoire de Biomécanique Appliquée) de Marseille, dépendant de l’IFSTTAR. Le laboratoire a développé une reproduction du membre inférieur de façon numérique. Cette modélisation apporte beaucoup sur la conception des semelles orthopédiques. Elle aide à la conception et à l’évaluation des fonctionnalités podologiques de notre solution.

C’est pour que vous puissiez en savoir plus sur ce travail que nous avons décidé d’échanger avec Tristan Tarrade, ingénieur biomécanicien au sein de ScientiFeet et doctorant (thèse CIFRE) ayant déjà travaillé à la rédaction de plusieurs articles de recherche sur le sujet.

 

  • Bonjour Tristan peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Tristan TARRADE et je suis ingénieur biomécanicien et doctorant. Je prépare actuellement une thèse avec le Laboratoire de Biomécanique Appliquée de Marseille (LBA) et Scientifeet qui porte sur la conception et l’évaluation de semelles imprimées 3D. Ma passion pour le sport et le développement de produits m’a amené logiquement à suivre une première formation en conception mécanique en sport-étude (biathlon) puis à poursuivre dans une école d’ingénieur généraliste à Compiègne où je me suis spécialisé en biomécanique et en étude du mouvement

  • Comment as-tu rencontré ScientiFeet ?

J’ai connu Scientifeet, il y a maintenant 3 ans, par l’intermédiaire de Nicolas Rault qui est alors chef de produit mais aussi, et avant tout, un ami rencontré sur les bancs de l’école d’ingénieur. C’était le début de l’aventure, la société s’appelait alors Podometric. Associés au LBA, et plus spécifiquement avec Michel Behr et Maxime Llari (chercheurs spécialisés dans les problématiques d’appui plantaire avec qui les premières semelles 3D ont été développées), ils ont souhaité pousser scientifiquement la recherche autour de cette solution en intégrant un doctorant. Ils m’ont proposé de les rejoindre, et je n’ai pas hésité.

  • Quel est le sujet et les grande thématiques de la thèse que tu réalises pour ScientiFeet en partenariat avec le LBA ?

Dans le cadre de ce travail de doctorat, je travaille au développement  d’un outil numérique qui puisse permettre de mieux comprendre le comportement mécanique des semelles 3D lors de la marche. Pour cela, le laboratoire développe des modèles numériques de corps humain que nous perfectionnons et que nous sommes capables de mettre en mouvement pour simuler spécifiquement la dynamique de marche.

En complément de ces modèles numériques nous disposons également de nombreux outils de mesure (capteurs embarqués de pression plantaire, plateforme de force, plateforme podobaroscopique, capteur EMG, système de capture du mouvement, verin hydraulique pour des essais de caractérisation mécanique…) qui nous permettent d’étudier l’interface pied-sol ou pied-semelle chez tous types de personnes, de valider nos modèles ou de caractériser différents types de matériaux.

  • Peux-tu nous en dire plus sur l’étude qui va être publiée ?

Il y a maintenant 2 ans, nous avions été sollicités par un podologue travaillant avec des semelles 3D dans la région de Périgueux. En collaboration avec la médecine du travail, il avait constaté au sein d’une entreprise de l’agroalimentaire un taux relativement important de troubles musculo-squelettique des membres inférieurs chez les salariés travaillant principalement debout. Face à ce constat et soutenu par la médecine du travail, nous avons alors mené au sein de l’entreprise une étude portant sur l’intérêt du port de semelles orthopédiques sur mesure chez ces salariés.

Pour cela, les personnes travaillant debout et présentant des douleurs ont été sollicités pour porter des semelles 3D conçues par le podologue. Des mesures des pressions plantaires en statique et en dynamique, d’équilibre et une évaluation des douleurs par questionnaire ont été réalisées avant puis après le port de semelles.

  • Quel peut être l’impact de cette étude dans le monde de la podologie ? Et pour d’autres entreprises comme Fromarsac ?

Nous avons en été agréablement surpris des résultats, nous nous attendions effectivement à un bénéfice mais les résultats et les retours des salariés ont été très bons. Ces premiers résultats sont prometteurs et nous poussent maintenant à approfondir nos analyses concernant ce type de semelles orthopédiques.

Ce contexte et ces résultats nous montrent qu’il y a tout un secteur du monde du travail, regroupant en général l’ensemble des travailleurs debout, qui est particulièrement touché mais très peu voir pas du tout sensibilisé par cette problématique de TMS des membres inférieurs. Les douleurs sont partout et bien souvent au travail ! Alors oui les entreprises agissent en fournissant des chaussures de sécurité, mais sont-elles véritablement adaptées aux pieds des salariés ? La protection oui mais au détriment du maintien du pied et du confort ?

Cette collaboration a été très riche puisqu’elle a permis de réunir autour d’une même problématique laboratoire de recherche, podologues, entreprises et fournisseurs de matériel ce qui n’est malheureusement pas très répandu. Nous espérons que cette étude pourra ouvrir la voie à d’autres collaborations entreprises-podologues et surtout inciter les entreprises qui souhaiteraient améliorer les conditions de travail de leurs employés à réfléchir à l’approche podologique.

a) prise d’empreinte avec l’outil Podoclic (Scientifeet, Paris, France), b) semelle orthopédique ScientiFeet imprimée en 3D, c) prise de mesures des pressions plantaires et de la stabilité en statique, d) Capteurs de pressions embarqués et positionnement sur les recouvrements (NI et FO-NI)

 

  • Quels ont été pour toi les moments les plus difficiles pour valider la publication ?

La construction d’une étude qui amène à la rédaction d’un article scientifique est un processus très long et exigeant. Disons que la partie la plus contraignante est la phase de rédaction et de correction. En effet, nous avions choisi de publier les résultats de cette étude dans un journal internationale à comité de lecture. Ces journaux fixent des contraintes et des exigences en termes de méthodologie et de format qui permettent de garantir la qualité scientifique de l’article mais qui demandent aussi une grande rigueur dans la phase de préparation et d’écriture. Ainsi, avant de pouvoir être publiée, l’étude doit être soumise à plusieurs spécialistes indépendants qui ont la responsabilité de relire et de soumettre leurs interrogations ainsi que leurs éventuelles corrections. Ces échanges participent à la construction finale de l’article mais peuvent prendre un certain temps.

  • Quels sont les futurs sujets ou projets sur lesquels tu travailles ?

Nous travaillons actuellement au développement et à la validation d’un modèle numérique de pied personnalisable.

La prochaine étape va être de coupler ce modèle de pied avec un modèle de semelle Scientifeet afin d’étudier, dans des conditions proche de la marche réelle mais à l’aide d’outils numériques, l’interaction entre le pied et la semelle. La finalité de ce travail étant d’apporter au podologue un nouvel outil, sous forme d’application, capable de l’aider à mieux comprendre ses semelles 3D en ayant un retour immédiat sur son choix de conception.